10 novembre 2008

Dans une lumière étincelante apparut le soleil

anna maria ortese.jpgCelui qui ne l'a pas vue, celui qui y vient pour la première fois, qu'il sache que la France, à l'aube, aborde les trains qui roulent vers Paris, et offre clandestinement, enveloppé  dans un mouchoir de brume, son coeur rouge et bleu. Personne ne monte, dans le train, pour vous proposer du café, du thé, du chocolat, comme en Italie, en Angleterre, en Russie - vous pourriez aussi bien mourir - mais la France en personne aborde les longs convois couverts de fumée et de froidure, et offre son coeur rouge et bleu. Je ne saurais de quelle manière nommer le vert de ses forêts et le rouge de ses toitures, qui sont vertes et rouges pour ainsi dire, elles sont surtout bleues (rouges les fenêtres, à l'aube); c'est peut-être le mouvement qui y fait penser. L'approche de cette terre, enveloppée dans le bourracan de l'aube, toute moelleuse de prés, toute mystérieuse de forêts, toute reluisante d'eaux, toute auréolée de nuages blancs.

Extrait de Le murmure de Paris de Anna-Maria Ortese in Terrain Vague Losfeld

08 décembre 2007

Des photographies aux allures de scènes théâtrales

17927f0d2b208f9f1e615265fb8a92e4.jpgLes photographies de Jean-Michel Berts ont la beauté sombre des instants éphémères.

Noir et blanc se répondent comme deux frères ennemis qui se seraient jurés un attachement éternel.

Les photographies de Jean-Michel Berts ont le goût âcre et inattendu de l'insoluble beauté de l'instant qui déjà n'est plus.

 

01 novembre 2007

Merci, chérie, d'avoir décidé de partir

Je voudrais que vous voyagiez de nuit; que vous arriviez à Paris le matin, quand les balayeurs sont encore au travail. La ville vous monte au coeur par les pieds, l'asphalte décoche des étincelles dans le sang. Arrive alors, telle une flèche dans l'air, la Tour Eiffel. Ensuite on dort, on se réveille trois heures après, et la ville est vraiment là, dehors, prête à être mordue, bue à longues gorgées. Paris est la seule chose au monde qu'on puisse regarder et manger en même temps sans l'abîmer. Vous verrez le nuage vert du boulevard Saint-Michel, vous traverserez le Luxembourg et vous vous retrouverez rue Auguste-Comte; une rue dont je ne me souviens pas, mais qui sent sa Sorbonne: une de ces rues pleines de librairies qui ont de grands atlas anatomiques en vitrine (...) Les choses que j'aime sont difficiles à trouver. Mais je voudrais que vous voyiez le musée de Cluny, comme un navire couvert de coquillages au beau milieu de la ville. A l'intérieur il y a les tapisseries de la Dame à la Licorne et les ivoires les plus fins qui soient au monde. Puis il y a les églises, Saint-Médard, Saint-Julien-le-Pauvre, Saint-Séverin. Il y a la Place des Vosges, il y a les quartiers gothiques. Mais ne faites pas trop d'archéologie. Marchez au hasard dans la ville, prenez le métro - merveilleux à vingt ans - sortez la nuit chaque fois que vous le pouvez, quand Paris est une caverne de quartz. Allez la nuit quai Bourbon, quai d'Anjou; asseyez-vous place du Louvre sur un banc. Et un samedi soir, allez aux Champs Elysées, et remontez toute la galaxie jusqu'à l'Etoile.

Extrait de Lettres à Mita de Cristina Campo in l'Arpenteur 7827200c4157d86627111b8ff65e99df.jpg