17 mai 2009
On ne lit plus dans tes yeux ni dans ton coeur
Arrête. C'est fini. L'amour, tu lui as creusé une tombe secrète dont personne n'a la clé. Pas même toi. La clé, tu l'as jetée dans l'eau de la Seine. Elle a rejoint la mer maintenant, elle est sous le sable. C'est fini. Tu étais celle qui aimait. Celle qui crevait d'amour. Celle qui aimait est morte. Tu l'as achevée. Tu as fini le travail qu'on avait commencé pour toi. Tu es allée au bout. C'est ta manière d'être. Tu as gardé cette façon radicale d'être toi. L'amour au rabais, une moitié d'amour, non. Ce fut si court que bientôt tu croiras à un rêve. C'est un cauchemar.
Extrait de L'amour d'une femme de Claudine Galéa in Le Seuil
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23 décembre 2007
Cela m'a suffi
Aurait-on bonne mine, et si même les années nombreuses ne pèsent guère, vient un âge où l'on sait que désormais peu de temps nous reste à vivre. Elles sont proches des souffrances qui vous guettent peut-être aux heures dernières; il est proche le jour où peut manquer une compagnie essentielle, peu à peu réduite à un seul être, et tout sera mort autour de vous. J'y pense le moins possible, goûtant de mon mieux et peut-être futilement la fin de ma vie. Je me détourne aussi de l'image que l'on peut se faire d'une planète subitement rétrécie, encombrée, et en grand péril de tous côtés.
En ces jours incertains où l'on se dit que nous sommes peut-être les derniers d'une certaine famille humaine, j'ai mieux compris ce que signifie l'éphémère, l'instant présent, sa lumière et son secret, l'amitié, un ciel dans sa perpétuelle nouveauté et sa profusion d'aurores, un mot qui sonne juste. Ces choses, d'autres encore, toutes périssables, me touchent plus que la vision à mon idée des temps futurs, morne durée traînant l'humanité sans cesse refondue, laquelle n'obtiendra rien que nous n'ayons déjà reçu: la vie et la mort, et quelques belles matinées de juin.
Extrait de Le ciel dans la fenêtre de Jacques Chardonne in La petite vermillon
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