07 juin 2008
Son nom répété sur les lèvres des êtres au coeur brisé
Le Cheikh Labib est une figure antique de notre ruelle. Il m'apparaît comme un monument au même titre que le monastère, le tunnel ou le sabil. Il s'est choisi un emplacement avant l'entrée du tunnel. Il s'assied là sur une fourrure, tenant dans ses mains un encensoir qui diffuse une odeur grasse et envoûtante. Il porte une gallabieh blanche et une calotte verte; ses yeux peints au khôl cachent une vue basse; il porte autour de son cou un long chapelet dont la houppe repose sur son giron.
Les femmes se pressent autour de lui, elles s'accroupissent en silence, lui tendent leur mouchoir et demeurent suspendues à la parole qui sortira de sa bouche. Il marmonne insdistinctement, puis baille et s'étire, et finit par lâcher un mot unique comme " regarde! " ou un proverbe comme " Vous qui partez, que Dieu vous épargne le mal de ceux qui arrivent". La femme comprend ce qu'elle peut, son visage s'irradie de joie ou se ferme de tristesse, puis elle glisse sa pièce sous la fourrure et s'en va.
Extrait de Récits de notre quartier de Naguib Mahfouz in Babel Actes Sud
08:34 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, roman, littérature arabe


