17 novembre 2007
Derrière les vitres des baies
Il la désire, elle, la femme de ce café au bord de la mer. Il ne l'a pas embrassée depuis l'autre soir. Ce baiser de leurs bouches s'est répandu dans tout son corps. Il est en lui entièrement retenu, comme un secret entier, un bonheur qu'il faut sacrifier de crainte, de crainte qu'il ait un devenir. C'est l'idée de ce baiser qui le conduit à celle de sa mort. Il pourrait ouvrir le hall et mourir là d'une quelconque façon, ou y dormir dans la tiédeur de serre.
Extrait de Les yeux bleus cheveux noirs de Marguerite Duras in Les éditions de Minuit 
09:02 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Blog, littérature, roman, art
11 novembre 2007
Ce sol d'où jaillirent tant de chefs-d'oeuvre
Certains pays meurent jeunes, ou s'arrêtent jeunes: tout ce qui suit leur brève période de vigueur est du domaine de la survie ou de la résurrection. L'Espagne ne s'est jamais remise de la courbature de ses aventures impériales, de l'or facile du Nouveau Monde, de la saignée qu'elle s'est infligée à elle-même en expulsant de ses veines jusqu'aux dernières gouttes juives ou maures.
Extrait de Sur quelques thèmes érotiques et mystiques de la Gita-Govinda de Marguerite Yourcenar in Rivages/Cahiers du Sud

19:00 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : blog, littérature, essai, art
03 novembre 2007
Viens... J'ai à te parler...
Il tira d'abord doucement, puis durement sur le bras fragile. Elle leva la main, prête à le gifler, mais il paralysa cette autre main. Maintenant il lui faisait mal. Il sentait qu'il lui faisait mal. Il pensait aux enfants qui se sont saisis d'un chat sauvage et, pour l'apprivoiser de force, l'étranglent presque, pour le caresser de force. Pour être doux. Il respirait profondément: " Je lui fais du mal, tout est perdu." Il éprouva quelques secondes l'envie folle d'étouffer avec Geneviève cette image de lui qu'il formait et qui l'épouvantait lui-même.
Il desserra enfin les doigts avec un sentiment étrange d'impuissance et de vide. Elle s'écartait sans hâte, comme si vraiment il n'était plus à craindre, comme si quelque chose la plaçait soudain hors de portée. Il n'existait pas. Elle s'attarda, refit lentement sa coiffure et, toute droite, sortit.

Extrait de Courrier Sud de Antoine de Saint-Exupéry in Folio
23:45 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Littérature, art, livres


