16 mai 2009

L'énigme de ce gibet équivoque

gracq400.jpgUn voile d'ombre s'appesantit à ce moment sur l'enclos des tombes, et Albert rejeta la tête en arrière, tant pour discerner la cause de cette soudaine éclipse que pour jouir une dernière fois du spectacle de la baie. Un énorme nuage naviguait alors avec lenteur au-dessus des espaces de la mer, comme le visiteur miséricordieux de ces plaines liquides ignorées des vaisseaux. Rien ne peut dépeindre la comblante et lente majesté avec laquelle s'effectuait cette navigation céleste. Il sembla s'avancer un moment vers le fond de la baie, puis, suivant une courbe solennelle, parut virer dans la direction de l'est, faisant alors admirer le contraste qui se déployait, comme sur une voilure aérienne, entre son ventre bombé, d'un blanc pur et éblouissant, et les profonds golfes d'ombre qui paraissaient s'ouvrir dans son sein.

Extrait de Au chateau d'Argol de Julien Gracq in José Corti

Commentaires

Ce fut un choc, cette lecture, à l'époque de ce que je pensais être ma maturité.Un choc et un enchantement. A la relecture, l'abus d'adjectifs me gêne et me décourage. Mais ça reste une plongée extraordinaire dans une ambiance absolument indicible (et tiens, je te colle des ajectifs moi aussi).

Ecrit par : Christian | 04 août 2009

Bonjour Christian.

Merci de passer par là. Je rejoins un peu votre jugement sur Gracq.
Malgré tout, quel écrivain, n'est ce pas?

Je suis actuellement dans ma " période chinoise".

Avec un beau livre " Le Jardin du repos " de Pa Kin. Tout autre style...

Ecrit par : PAPIER JOURNAL | 05 août 2009

Moi, je lis "la chambre claire", de Barthes, en ce moment.
Sinon, Gracq, oui, quel écrivain !

Ecrit par : Christian | 08 août 2009

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