14 novembre 2008
Il est donc bien vrai que certains germes de haine se dissimulent au fond de tout sentiment qui unit deux créatures humaines
Qui saura jamais traduire par des mots la sensation de stupeur et de sécheresse désolée, qui, chez l'homme, succède aux pleurs versés inutilement, aux paroxysmes d'inutile désespérance ? Les pleurs sont un phénomène qui passe ; toute crise aboutit à une détente, tout accès est bref ; et, ensuite, l'homme se retrouve épuisé, le coeur aride, convaincu plus que jamais de sa propre impuissance, corporellement stupide et triste, avec devant lui l'impassible réalité.
Je cessai le premier de pleurer ; je rouvris le premier les yeux à la lumière ; je fis le premier attention à ma posture, à celle de Jiulane, aux objets environnants. Nous étions à genoux, l'un en face de l'autre, sur le tapis ; quelques sanglots la secouaient encore. La bougie brûlait sur la table, et, par moments, sa petite flamme s'agitait et s'inclinait comme sous un souffle de brise. Dans le silence, mon oreille perçut le bruit léger d'une montre qui était quelque part dans la chambre. La vie coulait, le temps fuyait. Mon âme était vide et solitaire.
Extrait de L'innocent de Gabriele D'Annunzio in Editions de la table Ronde
09:32 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, blog, roman, italie



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