11 novembre 2008
C'étaient les gens les plus beaux que j'aie rencontrés jusqu'ici
Beaux, indolents, magnifiques! Ils n'avaient rien de la maîtrise et de la chaleur figée que l'on sentait dans la voix et les yeux de l'interprète. Chez eux, l'ardeur s'épanchait. L'histoire ne les avait pas touchés, elle n'avait jamais eu lieu. Et on sentait comme une folie latente.
Elle avait un corps vigoureux et souple, un beau cou, une peau nette. Elle portait des vêtements d'étoffe fine, d'une manière quelque peu négligée. Du fond de son regard aussi lisse que la soie, on discernait des éclairs continuels, comme dans un ciel d'été. Serge, son mari, qui semblait plus petit qu'elle, était un jeune homme blond et mince, d'une trentaine d'années, au physique peut-être parfait, et au sourire détaché, lointain.
Pierre, leur ami, était une personne que l'on aurait remarquée dans une foule de cent jeunes officiers tout aussi beaux. Plus qu'un jeune homme, c'était une sorte de divinité sauvage. Sur sa tête d'enfant, il avait une masse envahissante de cheveux blonds frisés. Sous ses cheveux, un front de marbre blanc. Et sous ce marbre, ses yeux d'un bleu profond et voilé comme ceux des nouveaux-nés, regardaient au loin, immobiles et désenchantés. Il était surprenant de voir à cette table, au hasard d'une telle rencontre, cet homme triste jusqu'aux larmes. Il ne se souciait nullement de cacher sa tristesse. Peut-être ne s'en apercevait-il pas.
Extrait de Le train russe de Anna-Maria Ortese in Terrain Vague Losfed.
08:38 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : blog, littérature, italie, russie



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