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18 mai 2008
Ce qui est certain, c'est mon avidité pour les livres
Je vais tenter de dresser peu à peu une liste de toutes les choses qui sont certaines en moi, plus tard viendront celles qui sont dignes de foi, puis celles qui sont possibles, etc. Ce qui est certain, c'est mon avidité pour les livres. Je ne veux point tant les posséder ou les lire que les voir, que me convaincre de leur existence dans la vitrine d'in libraire. S'il se trouve quelque part plusieurs exemplaires d'un même livre, chacun d'eux me ravit. C'est comme si cette avidité partait de l'estomac, comme si elle était un appétit dévoyé. Les livres que je possède me donnent moins de joie que les autres, ceux de mes soeurs, en revanche, me font déjà plaisir. L'envie de les posséder est un désir incomparablement plus faible, elle est presque absente.
Extrait de Journal Année 1911 de Franz Kafka in Grasset
19:17 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : littérature, journal, kafka



Commentaires
Tout étant relatif.....
Le goût, l’amour , la passion de la lecture.
Comment vient le goût de la lecture ? Pourquoi celui-ci ou celle-là, et pas ceux-ci et celles-là ? Le mystère reste complet malgré tous les énormes cerveaux des hautes sphères intellectuelles qui se sont penchés sur la question….
Certains grands spécialistes, car le monde moderne n’existe que par les spécialistes autorisés ( dixit Coluche ), disent que ce goût vient du milieu intellectuel ou mûrit l’enfant, d’autres disent que le déclic vient d’un professeur clairvoyant, d’autres parlent de concepts d’éducation, d’autres encore disent qu’il faut obliger les enfants à lire…
Et comme toujours, dans le monde moderne, plus les spécialistes s’occupent d’un problème, plus les choses vont de mal en pis… Dans les années 50/60, dans toutes les Maisons de la Presse, on trouvait des étagères pleines de Livres de Poche des grands auteurs anciens et modernes, et ça se vendait bien… Aujourd’hui, les mêmes étagères ne contiennent que des revues minables tant mécaniques que pornographiques, bricoleuses ou racoleuses ?
Je dirai quelques mots de mon cas personnel… Chez moi, quand j’étais gosse, il y avait une douzaine de livres, l’inventaire est vite fait : 1 Petit Larousse 1923 ; 1 livre de cuisine Pellaprat ; 1 guide de jardinage ; 1 histoire illustrée de Louis XIV, cadeau du Père Noël ; 2 Bibliothèque Verte « Maroussia » et « Michel Strogoff » ; 1 recueil des Contes de Perrault ; 2 ou 3 romans à l’eau de rose et la pièce maîtresse, Le Catalogue de la Manufacture d’Armes et Cycles de Saint-Etienne. Ce dernier était une mine d’or de vocabulaire descriptif de la faune, des armes, du sport, des machines de toutes sortes, des ustensiles et de tout l’outillage universel, j’ai passé des heures et des heures à compulser cette mine d’or de marketing poétique….
Voilà le terreau qui a fait de moi un lecteur insatiable, curieux de tout, fouineur de bouquinistes, dévoreur de romans, d’ouvrages philosophiques et religieux, de récits d’aventure ou de voyages, bref un rat de bibliothèque et de librairie…Comment est venu le fameux « déclic » ? Mystère ? Peut-être l’instituteur de cours moyen qui avait constitué une petite bibliothèque et avait intéressé les élèves à son choix et à sa gestion …. Sur trois générations familiales, je suis le seul « accroc » à la lecture intensive, mes enfants qui ont fait les fameuses « Etudes Supérieures Longues » lisent peu, ils ont pourtant évolués dans un appartement ou quelques centaines de bouquins étaient à leur disposition en permanence… Mystère toujours …
Bonnes lectures
Ecrit par : maudub | 19 mai 2008
Merci pour ce beau commentaire, nourri, intelligent et plein d'interrogations non résolues.
Effectivement, comment vient le goût de la lecture?
Pour moi, il fut très vite un rempart contre la méchanceté, que dis-je la violence, d'un homme, mon père.
Et quel rempart merveilleux et indestructible, capable de consoler des pires sévices !
Ecrit par : PAPIER JOURNAL | 19 mai 2008
Oui, cet extrait de Kafka est une belle illustration de la parenté entre lecture et désir. Je reviendrai vous lire encore
Ecrit par : Arbi | 20 septembre 2008
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