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30 avril 2008

Merci à vous qui passez et vous arrêtez

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 Chercheuse d'or

Dénicheuse de pépites

Amoureuse des mots

Parfois de ceux qui les utilisent

Et de ceux qui les lisent

Je ne compte pas ma peine

Tournant les pages

Machant les mots,

Avalant les adverbes

Recrachant les locutions

A voix haute

Ou au contraire dans un murmure

Je les assemble en guirlandes de bonheur.

Merci à ceux qui me suivent dans ce périple.

Extrait de Pensée du jour de Hélène Laly

 

22 avril 2008

Je pouvais sur l'instant déchirer son visage et l'arracher de son cou

1731661017.jpgLorsqu'une femme glissa et faillit tomber en apportant un grand plat sur la table et cela provoqua un petit épisode burlesque qui attira l'attention, des visages se tournèrent et c'est alors qu'elle me vit, son  regard traversa l'espace pour se poser sur moi et elle interrompit l'homme qui tout à l'heure s'était esclaffé, elle posa la main sur son bras et lui dit brièvement quelque chose et l'homme leva aussitôt la tête dans ma direction tandis qu'elle s'éloignait et venait vers moi et le regard de l'homme dans son dos m'empêcha d'apprécier cet instant que je m'étais promis comme une récompense, oui, il gâchait tout mais finalement pas plus que le reste et je demeurai parfaitement immobile et souriant et ne laissai rien transparaître tout en l'observant approcher et elle était très belle, j'avais oublié combien elle était belle et en même temps je ne me rappelais pas qu'elle eût tout à fait ce genre de beauté ni d'ailleurs jamais porté cette robe qui découvrait ses épaules et la rendait immédiatement désirable pour ainsi dire sexuelle au point que sur son passage les hommes et les femmes ne pouvaient pas s'empêcher de l'effleurer du regard et pendant une fraction de seconde mille émotions et sensations me submergèrent et toutes cherchaient à deviner si elle avait choisi cette robe pour me plaire et me ravir et me mettre au supplice, comme on dit, ou pour me faire comprendre qu'elle appartenait désormais à un autre monde et aux désirs d'un autre homme et les deux étaient possibles et peut-être même ne cherchait-elle qu'à exercer un pouvoir de séduction sur tous et personne en particulier, oui, comme tout le monde je savais qu'une femme ne s'habille jamais au hasard et encore moins en de pareilles circonstances, mais les intentions que dissimulait sa tenue se perdaient dans les plis de sa robe et tout s'entrechoquait en moi et j'avais l'impression de ne plus tenir moi-même que par magie sans la moindre bretelle apparente et j'avais la sensation d'un piège lorsqu'elle surgit soudain devant moi et le plus naturellement du monde se pencha pour m'embrasser sur la joue et il ne manquait plus que cela.

Extrait de L'invité mystère de Grégoire Bouillier in Éditions Allia

13 avril 2008

Y a-t-il jamais eu dans l'histoire des hommes qui ont senti à ce point le sol se dérober sous leurs pieds, des hommes pour lesquels toutes les alternatives étaient également intolérables et dénuées de sens?

194265726.jpgVoici l'homme.

Il est dans sa cellule ( cellule 92) de la prison militaire de Tegel, un faubourg de Berlin. Il est en train d'écrire. Ou de lire. Ou bien c'est le moment où il fait de la gymnastique. La demi-heure de promenade dans le parc est peu de choses pour quelqu'un habitué à la dépense physique. Alors il s'est donné un programme. Chaque jour. Chaque heure. Ne pas faiblir sur ce point, il le sait - heure du lever, heure de la gymnastique, heure de la lecture ( théologie ) , heure d'écrire, encore la lecture (histoire ). Mais bien sur il y a des blancs, des creux. L'ennui. La nostalgie. Et l'inquiétude des interrogatoires à venir ( tiendra-t-il? arrivera-t-il comme il l'a fait jusque-là à ne pas dévier de la ligne qu'il s'est fixée, des réponses préparées? pour le moment les interrogatoires ont été corrects, presque cordiaux, mais est-ce que cela va durer?) Il fait tout pour arriver fatigué au moment du coucher. Mais c'est bien souvent en vain. Alors il récite psaumes sur psaumes, des cantiques, des refrains, jusqu'à ce que la lassitude fasse son oeuvre. Mais au réveil, il faut tout recommencer. Gymnastique. Lecture. Écriture. Par la lucarne de la cellule il peut voir le sommet des arbres - chênes, tilleuls - et les clochers des églises qui dépassent des toits. Mais le plus impressionnant, ce sont les bombardements, la nuit - un lugubre feu d'artifice, il dit. (...) Depuis la fin du mois d'août ( 1943) , les bombardements sur Berlin se sont intensifiés. C'est pour cela qu'on l'a changé de cellule. Du troisième étage au premier. Il sait bien que c'est un privilège puisqu'il est impossible de mettre à l'abri les quelque 700 prisonniers qui sont enfermés ici. D'où les cris. Les appels. Les peurs quand les explosions se font proches. Rats pris au piège. Impossible de fuir.

Extrait de Sans autre guide ni lumière de Michel Séonnet in Gallimard, collection L'un et l'autre

Vous ai-je dit que je compose la plupart de mes poèmes en marchant?

1421998713.jpgDepuis des semaines je n'ai pas pris la plume. Mais je ne m'en inquiète point. Je ne puis écrire que ce qui m'est plus ou moins donné. Le plus clair de mon temps se passe donc à attendre. Avant, quand la source se tarissait, je m'alarmais, pensais qu'elle ne rejaillirait plus, qu'il ne me viendrait plus rien. Maintenant, je sais que je peux garder confiance. Un jour ou l'autre, le doux murmure se fait entendre. Il ne s'agit que d'être prêt, de se mettre à son écoute, de capter ce qu'il balbutie ou me dicte d'une voix nette et clairement audible.

Extrait de Dans la lumière des saisons de Charles Juliet in P.O.L

De quel droit les créatures de roman descendent-elles comme des langues de feu parmi les lecteurs incrédules pour les corrompre tranquillement?

1018431580.jpgJe développai de cette façon un authentique respect pour la littérature; plus que cela, même: une dévotion presque maladive, une sorte curieuse d'addiction qui me poussa très tôt à accumuler les livres jusqu'à ce qu'ils forment autour de moi une sorte de placenta sec et cartonné. Adolescent, je souhaitai même que la littérature devint la charpente de mon existence; j'imaginai bientôt qu'elle me soutenait de l'intérieur tel un squelette abstrait dont mon propre comportement aurait émoussé les formes aiguës et révélé mes ambitions comme la peau tendue d'un écorché exhibe son réseau nerveux et sanguin. Puis j'en fis mon second foyer, mon refuge quotidien: c'est qu'elle possédait les vertus d'un havre où se détendre quand, dehors, la réalité opposait au raffinement des fictions -alors même qu'elles décrivaient une violence extrême - la trivialité spectaculaire de son inspiration.

Extrait de La part de l'absent de Antoine BILLOT in Gallimard, collection L'un et l'autre.

12 avril 2008

Me voici seul

1993728774.jpgO le froid

Qui étreint celui qui monte

Seul se coucher à l'étage.

Extrait de Haikus de SOSEKI in Editiosn Philippe Piquier

Ils m'ont cruellement abandonnée, ces amis que j'ai vénérés

1820816673.jpgL'herbe était haute, mal taillée, ses brins déchiquetés, et dans la brume fraîche du crépuscule, les mauvaises herbes se dressaient toutes droites, comme la chair de poule sur ma peau frémissante.

Mon chagrin se prend à tous les pores de ma peau comme s 'il avait de petites griffes qui m'aiment à la folie. Je voudrais qu'elles m'engloutissent et me fassent disparaître dans leur étreinte. Ou alors, qu'elles se flétrissent totalement et tombent mortes, en me laissant libre de respirer à nouveau.

Extrait de Les mille visages de la nuit de Githa HARIHARAN in Picquier poche

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