« Vous ai-je dit que je compose la plupart de mes poèmes en marchant? | Page d'accueil | Je pouvais sur l'instant déchirer son visage et l'arracher de son cou »

13 avril 2008

Y a-t-il jamais eu dans l'histoire des hommes qui ont senti à ce point le sol se dérober sous leurs pieds, des hommes pour lesquels toutes les alternatives étaient également intolérables et dénuées de sens?

194265726.jpgVoici l'homme.

Il est dans sa cellule ( cellule 92) de la prison militaire de Tegel, un faubourg de Berlin. Il est en train d'écrire. Ou de lire. Ou bien c'est le moment où il fait de la gymnastique. La demi-heure de promenade dans le parc est peu de choses pour quelqu'un habitué à la dépense physique. Alors il s'est donné un programme. Chaque jour. Chaque heure. Ne pas faiblir sur ce point, il le sait - heure du lever, heure de la gymnastique, heure de la lecture ( théologie ) , heure d'écrire, encore la lecture (histoire ). Mais bien sur il y a des blancs, des creux. L'ennui. La nostalgie. Et l'inquiétude des interrogatoires à venir ( tiendra-t-il? arrivera-t-il comme il l'a fait jusque-là à ne pas dévier de la ligne qu'il s'est fixée, des réponses préparées? pour le moment les interrogatoires ont été corrects, presque cordiaux, mais est-ce que cela va durer?) Il fait tout pour arriver fatigué au moment du coucher. Mais c'est bien souvent en vain. Alors il récite psaumes sur psaumes, des cantiques, des refrains, jusqu'à ce que la lassitude fasse son oeuvre. Mais au réveil, il faut tout recommencer. Gymnastique. Lecture. Écriture. Par la lucarne de la cellule il peut voir le sommet des arbres - chênes, tilleuls - et les clochers des églises qui dépassent des toits. Mais le plus impressionnant, ce sont les bombardements, la nuit - un lugubre feu d'artifice, il dit. (...) Depuis la fin du mois d'août ( 1943) , les bombardements sur Berlin se sont intensifiés. C'est pour cela qu'on l'a changé de cellule. Du troisième étage au premier. Il sait bien que c'est un privilège puisqu'il est impossible de mettre à l'abri les quelque 700 prisonniers qui sont enfermés ici. D'où les cris. Les appels. Les peurs quand les explosions se font proches. Rats pris au piège. Impossible de fuir.

Extrait de Sans autre guide ni lumière de Michel Séonnet in Gallimard, collection L'un et l'autre

Commentaires

Merci pour le commentaire rassurant. Le problème, c'est que mon blog n'en est plus du tout à ses débuts, et à ses débuts, justement, il carburait à 10 commentaires par poèmes.. Snif.
Je ne pense pas le supprimer, mais le laisser se dégrader de lui-même. J'espère qu'il y aura du lierre et des mauvaises herbes.
Merci de votre passage. (Et belle écriture, soit dit en passant.)

Ecrit par : Line | 13 avril 2008

Je continue à dire que même sous forme de dégradation auto-programmée, ce serait dommage!!!!
Plutôt que du lierre qui étouffe tout, j'y verrais des jonquilles et des pâquerettes. C'est plus printanier.
Je vais passer de temps en temps arracher quelques mauvaises herbes.
Bien à vous
HELENE

Ecrit par : HELENE | 14 avril 2008

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