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13 avril 2008

De quel droit les créatures de roman descendent-elles comme des langues de feu parmi les lecteurs incrédules pour les corrompre tranquillement?

1018431580.jpgJe développai de cette façon un authentique respect pour la littérature; plus que cela, même: une dévotion presque maladive, une sorte curieuse d'addiction qui me poussa très tôt à accumuler les livres jusqu'à ce qu'ils forment autour de moi une sorte de placenta sec et cartonné. Adolescent, je souhaitai même que la littérature devint la charpente de mon existence; j'imaginai bientôt qu'elle me soutenait de l'intérieur tel un squelette abstrait dont mon propre comportement aurait émoussé les formes aiguës et révélé mes ambitions comme la peau tendue d'un écorché exhibe son réseau nerveux et sanguin. Puis j'en fis mon second foyer, mon refuge quotidien: c'est qu'elle possédait les vertus d'un havre où se détendre quand, dehors, la réalité opposait au raffinement des fictions -alors même qu'elles décrivaient une violence extrême - la trivialité spectaculaire de son inspiration.

Extrait de La part de l'absent de Antoine BILLOT in Gallimard, collection L'un et l'autre.

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