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30 mars 2008
Peut-être n'es-tu pas entièrement Kafka
Très cher père,
Tu m'as demandé récemment pourquoi je prétends avoir peur de toi. Comme d'habitude, je n'ai rien su te répondre, en partie justement à cause de la peur que tu m'inspires, en partie parce que la motivation de cette peur comporte trop de détails pour pouvoir être exposée oralement avec une certaine cohérence. Et si j'essaie maintenant de te répondre par écrit, ce ne sera encore que de façon très incomplète, parce que, même en écrivant, la peur et ses conséquences gênent mes rapports avec toi et parce que la grandeur du sujet outrepasse de beaucoup ma mémoire et ma compréhension.
Extrait de Lettre au père de Franz Kafka in Folio
18:23 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : littérature, kafka
Mais un jour...
Les singes prêchèrent l'ordre nouveau, le règne de la paix. Et parmi les premiers enthousiastes on compta le tigre, le chat, le milan. Peu à peu, tous les autres animaux furent convertis. Ce fut alors une jubilation très douce, une fraternelle agape végétarienne.
Mais un jour la souris, qui plaisantait d'une façon fort civile avec le chat, se trouva renversée sous les griffes de son récent ami. Elle comprit que les choses reprenaient leur cours ancien. Avec un espoir vacillant, elle rappela au chat les principes du nouveau règne. "Oui", répondit le chat, " mais moi, je suis un fondateur du nouveau règne". Et il lui planta les dents dans le dos.
Extrait de Fables de la dictature de Leonardo Sciascia in Pandora
18:07 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, italie, roman, essai, pensées
22 mars 2008
Il y a en moi une aberration aussi bien réglée que la pendule du four
III
je ferme les yeux. quand je les ouvre je suis au sommet d'une vallée d'or pur. pas d'éblouissement car l'or est terne et poudreux comme les cheveux de la mort quand elle court à travers la forêt suivie par une flotte de cerfs. ils broutent dans la clairière, dévorant des fleurs. leurs cous minces couverts de tatouages amhariques.
Extrait de Corps de Plane - écrits de 1970-79 de Patti Smith in Tristram
08:25 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : littérature, poésie, blog
19 mars 2008
Tout ce qui reste de feu la mer d'Aral
Je suis revenu au centre de la ville par le fond de la mer, marchant entre les arbustes comme s'il s'agissait d'algues. Une dizaine de bateaux s'était fait piéger par la descente des eaux. Ils reposaient sur le sable comme de gros jouets tristes. A l'aide d'une scie à métaux, un homme découpait le château de l'un d'eux, un joli petit caboteur à grosse cheminée ronde. Sur sa poupe, malgré la rouille, on pouvait encore lire son nom glorieux: Karakalpakie.
Extrait de Voyage aux pays du coton de Erik Orsenna in LIvre de poche
11:47 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : littérature, essai, blog
16 mars 2008
Arcimboldi
tes yeux sont des prunes du nord
tes dents des amandes amères
ta poitrine un double abricot
deux brugnons tes flancs
une figue de Barbarie ton giron
mon coeur est une pastèque émilienne
i tuoi occhi sono prugne del nord
i tuoi denti mandorle amare
il tuo seno una doppia albicocca
due pesche noci i tuoi fianchi
un ficodindia il tuo grembo
il mio cuore è un'anguria emiliana.
Extrait de L'hippopotame de Luciano Erba in Verdier
19:12 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature italienne, poésie, blog
Chaque vendredi, il boit
Le samedi matin, Ivan aère Ker Ael. Depuis bientôt dix mois, chaque semaine, il ouvre les fenêtres en grand pour qu'entre le dehors. Le bosco lui, se réserve la nuit. Une fois tout retombé, sans bruit, sans voix, sans plus rien que ses pas lorsque tout est désert. Il est le seul à entrer dans la maison au jour mort. Lucien Pradon est le frère d'Etienne, le beau-frère de Fauvette. Il a le droit. C'est lui qui a décidé de son jour. C'est lui qui a dit que ce serait très tard, à l'heure ténèbres, quand tout dort au pays. Il observe la route qui emmène au-delà. Elle tangue. Le vin soulève le trottoir et malmène les mots. Il ferme les yeux. Comme ça, juste pour faire sombre. Pour sentir les maïs qui frisent jusqu'à Grange-Buron, les forêts qui fougèrent, les nuages qui grisent, les ronces qui mûrent, la lumière qui palpite. Il sourit. Il ouvre les yeux. Il entre dans son café.
Extrait de Une promesse de Sorj Chalandon in Grasset et in Livre de Poche
08:34 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, roma, prix médicis, sorj chalandon
15 mars 2008
Tu as le droit d'être honnête avec toi-même
- Écoute-moi bien, Kafka Tamura, le sentiment que tu éprouves actuellement a fait l'objet de nombreuses tragédies grecques. Ce ne sont pas les humains qui choisissent leur destin mais le destin qui choisit les humains. Voilà la vision du monde essentielle de la tragédie grecque. et la tragédie - d'après Aristote - prend sa source, ironiquement, non pas dans les défauts mais dans les vertus des personnages. Tu comprends ce que je veux dire? Ce ne sont pas leurs défauts, mais leurs vertus qui entraînent les humains vers les plus grandes tragédies. Oedipe Roi, de Sophocle, en est un remarquable exemple. Ce ne sont pas sa paresse ou sa stupidité qui le mènent à la catastrophe mais son courage et son honnêteté. Il naît de ce genre de situation une ironie inévitable.
Extrait de Kafka sur le rivage de HARUKI MURAKAMI Belfond
11:03 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, japon, roman, blog
09 mars 2008
Complémentaires
En mon corps tu cherches la colline
son soleil enterré dans le bois.
En ton corps je cherche la barque
au milieu de la nuit perdue.
Octavio Paz Extrait de D'un mot à l'autre . Gallimard
12:14 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : poésie, littérature
L'insouciant

Le voleur
M'a tout emporté, sauf
La lune qui était à ma fenêtre.
Ryôkan ( 1757-1831) Extrait de Poésie Japonaise in Mango
12:01 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : poésie, littérature, japon
Monochrome

Dans la plaine enneigée où toute herbe s'abolit
Le héron blanc s'est enfoui dans sa propre transparence.
Poésie de Dôgen ( 1200-1253) Extrait de Poésie Japonaise in Mango
11:53 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : poésie, littérature, japon


